Retour au carnet

Notes de guide

Accademia dei Fisiocritici à Sienne : un après-midi au cabinet de curiosités

Guide culturel et pratique de l’Accademia dei Fisiocritici à Sienne : Sala Gabbrielli, collections d’histoire naturelle et visite en famille.

Sienne est surtout connue pour la Piazza del Campo, le Duomo et les chefs-d’œuvre de sa tradition médiévale. Il existe pourtant une autre ville, plus silencieuse et surprenante, où des instruments scientifiques anciens côtoient des fossiles, des animaux naturalisés, des modèles anatomiques, des champignons en terre cuite et des objets difficiles à classer.

C’est la Sienne de l’Accademia dei Fisiocritici, l’une des plus anciennes institutions scientifiques italiennes, fondée en 1691 et aujourd’hui siège d’un musée d’histoire naturelle réparti sur trois niveaux d’exposition. Elle se trouve Piazzetta Silvio Gigli, à moins de 500 mètres du Duomo et de la Piazza del Campo, tout en conservant une atmosphère très différente de celle des sites les plus fréquentés du centre.

La visite convient aux familles avec enfants, aux passionnés de nature et d’histoire des sciences, aux couples à la recherche d’un lieu insolite et aux voyageurs qui aiment alterner grands monuments et expériences plus intimistes.

Vue panoramique du centre historique de Sienne, avec la Piazza del Campo et la Torre del Mangia

Source de l’image : archives Guida Siena.

Qu’est-ce que l’Accademia dei Fisiocritici ?

L’Accademia delle Scienze di Siena, dite des Fisiocritici, est née à l’initiative du médecin et professeur d’université Pirro Maria Gabbrielli, entouré d’étudiants et de collègues intéressés par l’étude expérimentale de la nature.

Son nom associe deux termes grecs : physis, la nature, et kritikoi, ceux qui sont capables de juger. Les Fisiocritici entendaient donc observer les phénomènes naturels avec un regard critique, en distinguant ce qui pouvait être démontré des superstitions, des croyances et des connaissances transmises sans vérification.

Cette mission est résumée par l’emblème de l’Académie : la pierre de touche, utilisée pour distinguer les métaux précieux de leurs imitations. La devise latine, veris quod possit vincere falsa, exprime la même idée : faire en sorte que le vrai puisse vaincre le faux. Une pierre de touche, symbole de l’institution, est conservée dans la Sala Gabbrielli.

Une histoire scientifique commencée au XVIIe siècle

Dès les premières réunions, les membres de l’Académie présentaient leurs expériences et les résultats de leurs recherches. Certaines séances étaient ouvertes à la population, préfigurant en partie la vulgarisation scientifique moderne.

Parmi les expériences les plus célèbres figuraient celles consacrées à l’existence et aux effets du vide, réalisées avec une pompe pneumatique inspirée des instruments du physicien Robert Boyle. Une reconstitution moderne de cette machine est encore utilisée lors des activités pédagogiques du musée.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’Académie acquit une grande renommée européenne et compta parmi les Fisiocritici des savants comme Alessandro Volta, Lazzaro Spallanzani, Linné, Cuvier et Lagrange. À partir de 1761, elle publia les Atti dell’Accademia, l’une des premières et des plus anciennes revues scientifiques italiennes encore inscrites dans une longue continuité éditoriale. L’histoire officielle de l’Académie retrace les principales étapes de cette activité.

Depuis 1816, l’institution occupe l’ancien monastère camaldule de Santa Mustiola, appelé Monastero della Rosa, dont la structure d’origine remonte au XIIe siècle. Le cloître et les espaces souterrains portent encore les traces de son ancienne fonction religieuse.

Pourquoi ce musée ne ressemble pas aux autres musées de Sienne

L’Accademia dei Fisiocritici n’est pas seulement un musée aux collections anciennes. Elle constitue aussi un témoignage sur la manière dont la science était collectée, classée et présentée au XIXe siècle.

De nombreuses collections sont toujours installées dans leurs vitrines historiques, avec des rangées de spécimens, des étiquettes anciennes, de petits récipients et des classifications qui racontent à la fois les phénomènes naturels et l’évolution de la muséologie. Le parcours est ainsi présenté comme un « musée dans le musée ».

Le musée annonce un patrimoine de plus de 600 000 pièces naturalistes et historiques, réparties entre de nombreuses collections. Seule une partie est visible : d’autres éléments sont conservés dans les réserves et utilisés pour l’étude et la recherche.

La visite demande donc un autre regard que celui que l’on porte sur un musée d’art. Il ne s’agit pas seulement de chercher une œuvre maîtresse, mais d’observer les liens entre les objets, les anciennes méthodes de classement et les personnes qui ont constitué les collections.

Sala Gabbrielli : un cabinet de curiosités

La salle consacrée au fondateur est appelée Sala Gabbrielli, avec deux « b », par le musée. La variante « Gabrielli » apparaît dans quelques documents institutionnels, mais Sala Gabbrielli est la dénomination à retenir pour la visite.

L’expression cabinet de curiosités, ou « chambre des merveilles », n’est pas le nom officiel de la salle, mais elle en décrit bien l’esprit. On y trouve des portraits de présidents, des photographies, des documents sur la vie de l’Académie, des instruments scientifiques et des vitrines de mirabilia : des objets curieux qui n’entrent pas nécessairement dans les grandes sections zoologique, géologique, anatomique ou botanique.

Les objets qui justifient cette comparaison

Parmi les pièces documentées par le musée figurent :

  • la pierre de touche, emblème de l’Académie ;
  • une demi-noix de coco sculptée, présentée par le musée comme une coupe ayant appartenu à Napoléon Bonaparte ;
  • des gants en byssus marin, aussi appelé soie de mer ;
  • des armes et des outils attribués à des peuples autochtones d’Amérique ;
  • dix-sept sphères façonnées dans un matériau décrit comme du « marbre » ;
  • des objets en ivoire et en bois incrusté ;
  • un petit planétarium de la fin du XVIIIe siècle ;
  • des instruments scientifiques et divers objets anciens.

La salle rappelle les anciennes Wunderkammern, qui réunissaient raretés naturelles, objets exotiques, instruments et témoignages historiques afin de provoquer l’étonnement et de susciter des questions. Ici, cet émerveillement s’inscrit dans l’histoire d’une institution qui avait fait de la vérification expérimentale son principe fondateur. La page officielle consacrée aux autres collections et aux mirabilia permet de préparer la visite.

Les pièces et curiosités à ne pas manquer dans le reste du musée

Le rorqual suspendu dans la cour

La pièce la plus immédiatement reconnaissable est le squelette de 15,25 mètres d’un jeune rorqual commun mâle, Balaenoptera physalus, suspendu dans la cour centrale. L’animal s’est échoué à Pontedoro, près de Piombino, le 23 novembre 1974. Depuis 2020, il porte le nom de Nereo, choisi par les visiteurs.

Une page narrative récente du musée le présente comme une baleine bleue, mais le catalogue scientifique de la collection de cétacés et la section zoologique officielle l’identifient comme un rorqual commun. C’est cette classification qui est retenue ici.

Les champignons en terre cuite

L’une des collections les plus originales fut réalisée au XIXe siècle par le médecin Francesco Valenti Serini. Elle comprend 1 619 modèles de champignons en relief et 165 bas-reliefs, créés pour apprendre aux personnes, y compris celles qui ne savaient pas lire, à reconnaître les espèces comestibles et à les distinguer des espèces toxiques ou vénéneuses.

Il ne s’agit pas de simples objets décoratifs, mais d’un ancien outil d’éducation sanitaire où se rencontrent précision scientifique, artisanat et communication visuelle.

L’ancienne mer sous Sienne

Les espaces du sous-sol, aménagés pour le parcours muséal, sont en grande partie creusés dans les grès marins du Pliocène siennois, formés il y a plusieurs millions d’années. La visite mène donc physiquement au cœur de l’histoire géologique du territoire.

On y découvre des instruments astronomiques, une sphère armillaire du XVIIe siècle, des globes du XIXe siècle, une citerne transformée en espace pédagogique avec un modèle du Système solaire et un hypogée abritant des urnes cinéraires étrusques provenant d’Asciano et du Val d’Orcia.

Les collections géologiques évoquent également le bassin marin qui occupait le territoire siennois il y a environ 5 à 3 millions d’années, à travers des coquillages, des dents de requin, des restes de dauphins et des os de baleines.

Anatomie, zoologie et espèces rares

La section anatomique conserve des documents et préparations liés à Paolo Mascagni, le savant qui décrivit en détail le système lymphatique, ainsi que les 44 grandes planches grandeur nature de l’Anatomia Universa.

La section zoologique rassemble environ 3 000 oiseaux et près de 700 mammifères. Parmi les spécimens les plus rares se trouvent deux perroquets néo-zélandais et le courlis esquimau, une espèce en danger critique considérée comme probablement éteinte. Les nouvelles acquisitions ne proviennent plus de captures spécifiques, mais de la récupération d’animaux déjà morts et de saisies judiciaires.

Le musée est-il adapté aux enfants ?

Oui, notamment pour les enfants attirés par les animaux, les fossiles, les squelettes, les planètes et les objets insolites. Chaque étage comporte des éléments faciles à reconnaître sans connaissances scientifiques préalables, mais le musée ne possède pas d’aire de jeux permanente.

Pour rendre la visite plus vivante, il est possible de réserver des activités spécifiques. La « Caccia al reperto », une chasse aux objets du musée, s’adresse aux enfants de 6 à 10 ans, tandis que le kit famille est conçu approximativement pour les 3–10 ans. Le programme comprend aussi des visites sensorielles et des activités sur le vide, l’astronomie et la biodiversité. Ces propositions sont payantes en supplément et nécessitent une réservation ; les détails figurent sur la page des visites et activités pour les familles.

Une bonne méthode consiste à transformer le parcours en jeu d’observation : chercher le plus petit objet, l’animal le plus étrange, l’instrument dont la fonction est la plus mystérieuse ou la pièce qui raconte l’histoire la plus surprenante. Pour organiser la suite de la journée, consultez aussi notre guide de Sienne avec des enfants.

Combien de temps prévoir pour la visite ?

Le musée recommande au moins une heure. Pour découvrir tranquillement la Sala Gabbrielli, les principales collections et le sous-sol, nous conseillons plutôt de prévoir entre une heure et demie et deux heures.

Il n’existe pas de durée maximale, à condition de quitter les lieux avant la fermeture. La densité des vitrines rend néanmoins peu judicieux de coincer cette visite dans un créneau trop court entre deux rendez-vous.

Un itinéraire d’une demi-journée aux alentours

Vous pouvez commencer l’après-midi à l’Accademia dei Fisiocritici, rejoindre ensuite le Duomo et le Santa Maria della Scala, tous deux situés à moins de 500 mètres, puis terminer sur la Piazza del Campo. Le trajet est court, mais les pentes et les pavés du centre historique invitent à porter des chaussures confortables. Pour enchaîner davantage d’étapes, suivez notre itinéraire à pied dans le centre historique de Sienne.

L’Orto Botanico dell’Università di Siena, dans la proche Valle di Sant’Agostino, serait le complément naturaliste le plus cohérent et conserve plus de deux mille espèces végétales. Toutefois, au 23 juillet 2026, il est encore entièrement fermé pour travaux et le SIMUS indique que la fin du chantier n’est pas prévisible. Il ne faut donc pas le considérer comme une étape assurée : avant toute visite, consultez l’avis officiel sur la fermeture de l’Orto Botanico.

Informations pratiques à jour

InformationDétails
AdressePiazzetta Silvio Gigli 2, 53100 Siena
Horaires d’avril à octobreDu lundi au vendredi 9 h–16 h 30 ; samedi 14 h–19 h ; dimanche 11 h–17 h 30
Horaires de novembre à marsDu lundi au vendredi 9 h–15 h ; samedi 13 h–18 h ; fermé le dimanche
Dernière entrée30 minutes avant la fermeture
Plein tarif5 euros
Tarif réduit3 euros
Billet famille13 euros pour 2 adultes et jusqu’à 4 enfants ou adolescents
GratuitéEnfants jusqu’à 6 ans, personnes en situation de handicap avec un accompagnateur, étudiants des universités siennoises, guides et autres catégories indiquées par le musée
RéservationInutile pour une visite libre ; obligatoire pour les visites et activités avec un médiateur
AccessibilitéNiveaux accessibles par monte-charge, sauf l’hypogée ; poussettes admises
ServicesToilettes accessibles, table à langer, Wi-Fi gratuit et boutique ; aucun point de restauration intérieur
StationnementParking payant « Il Campo » à environ 150 mètres

Les horaires, tarifs et services ont été vérifiés le 23 juillet 2026 sur les pages officielles Visita et FAQ. Le musée annonce dans son calendrier les fermetures exceptionnelles liées au Palio ou à d’autres événements : vérifiez-le avant votre déplacement.

Conseils et erreurs à éviter

N’arrivez pas dans les trente dernières minutes : le musée occupe trois niveaux et une visite précipitée ne permet pas d’en apprécier la richesse. N’attendez pas non plus un parcours entièrement interactif : une grande partie du charme vient précisément des vitrines et de la présentation historique.

Avec de jeunes enfants, mieux vaut choisir à l’avance quelques « pièces-objectifs ». Pour une visite plus participative, consultez le calendrier des ateliers ou réservez une activité guidée quelques jours en amont.

Les photos et vidéos à usage personnel sont autorisées sans flash, trépied ni perche à selfie, sous réserve d’éventuelles restrictions liées aux expositions temporaires. Il est interdit de consommer nourriture et boissons dans les espaces d’exposition.

Un lieu où l’émerveillement devient connaissance

L’Accademia dei Fisiocritici révèle une Sienne différente de celle des grandes architectures civiles et religieuses. Dès la fin du XVIIe siècle, la ville cherchait déjà à comprendre la nature à travers des expériences, des collections, des échanges et des publications.

Entre la pierre de touche, les champignons en terre cuite, le rorqual de la cour, les fossiles de l’ancienne mer et les mirabilia de la Sala Gabbrielli, le musée transforme un après-midi libre en voyage à travers trois siècles de curiosité scientifique.

Pour poursuivre l’exploration, vous pouvez visiter le Duomo de Sienne, découvrir les musées des Contrade ou suivre un parcours associant les grands sites à des étapes plus inattendues.

FAQ

Combien de temps dure la visite de l’Accademia dei Fisiocritici ?

Le musée recommande au moins une heure. Pour visiter tranquillement la Sala Gabbrielli, les principales collections et le sous-sol, prévoyez plutôt entre 90 minutes et deux heures.

L’Accademia dei Fisiocritici convient-elle aux enfants ?

Oui. Animaux, fossiles, squelettes, planètes et objets curieux peuvent intéresser des enfants d’âges différents. Le musée organise également, sur réservation, des ateliers, des visites sensorielles, des activités avec la machine à vide et des chasses aux objets.

Faut-il réserver ?

La réservation n’est pas nécessaire pour une visite libre. Elle est en revanche obligatoire pour les visites guidées, les ateliers et les activités encadrées par un médiateur.

Combien coûte l’entrée ?

Le plein tarif est de 5 euros, le tarif réduit de 3 euros et le billet famille de 13 euros pour deux adultes accompagnés de quatre enfants ou adolescents au maximum. L’entrée est gratuite pour les enfants jusqu’à six ans.

Où se trouve la Sala Gabbrielli ?

La Sala Gabbrielli se trouve à l’intérieur du Museo di Storia Naturale dell’Accademia dei Fisiocritici, Piazzetta Silvio Gigli 2 à Sienne.