Notes de guide
Histoire du Palio de Sienne en bref : un guide clair et chronologique
Des palii médiévaux à la course sur la Piazza del Campo : une chronologie documentée des Contrade, règles, évolutions et interruptions.
Mise à jour du 27 juillet 2026 : la chronologie, le règlement et le fonctionnement contemporain du Palio ont été vérifiés sur les portails officiels de la Ville de Sienne. Les dates historiques ne désignent pas toutes une même « naissance » : elles séparent les racines médiévales, les premières courses sur la Piazza del Campo et la stabilisation progressive de la fête.
Pour raconter l’histoire du Palio de Sienne en bref, il faut renoncer à deux idées séduisantes : celle d’une fondation en un jour précis et celle d’une course restée identique depuis le Moyen Âge. Ses racines plongent dans les palii « alla lunga » organisés pour l’Assomption par la commune médiévale. La forme reconnaissable aujourd’hui se construit surtout du XVIe au XVIIIe siècle, lorsque les Contrade prennent part aux jeux publics, que la course gagne la Piazza del Campo et que dates, règles et territoires sont peu à peu fixés.
La meilleure clé de lecture est la suivante : le Palio est ancien, mais sa continuité tient à sa capacité de changer. Cortège, costumes, règles, choix des chevaux et organisation civique ont été remaniés. Cette succession de couches historiques, plus que l’image trompeuse d’un rite figé, explique pourquoi il reste une pratique culturelle vivante.

Source de l’image : archives Guida Siena.
Histoire du Palio de Sienne en bref : la chronologie essentielle
| Période ou date | Évolution | Pourquoi elle compte |
|---|---|---|
| XIIIe–XIVe siècle | Des palii alla lunga liés aux fêtes de l’Assomption sont attestés | Le prix, un pallium en étoffe précieuse, donne son nom à la course |
| Fin du XVe–XVIe siècle | Des Contrade aux noms actuels apparaissent ; bufalate, chasses aux taureaux et autres jeux se concentrent dans le Campo | Les communautés de quartier deviennent actrices de la fête publique |
| 1633 | Le portail municipal situe prudemment à cette date le premier Palio alla tonda sur la Piazza del Campo | C’est le précédent direct de la course contemporaine |
| 1656 | Le Palio alla tonda dédié à la Madonna di Provenzano acquiert une cadence régulière | Le Palio de juillet entre dans une forme stable entre Contrade |
| 1701 | L’Oca propose de remettre en jeu son prix de juillet lors d’une course pour l’Assomption | L’histoire régulière du Palio d’août commence |
| 1721 | Le Collegio di Balìa publie un ensemble cohérent de règles | Essais, cortège, fantini et victoire entrent dans un cadre moderne |
| 1729 | Le Bando de Violante Béatrice de Bavière définit les limites des Contrade | La géographie des 17 Contrade actuelles est consolidée |
| 1774 | La Ville harmonise l’organisation des deux Palii | Juillet et août deviennent deux expressions du même système civique |
| XIXe–XXe siècle | Règles, costumes et Cortège historique sont renouvelés à plusieurs reprises | L’image « médiévale » actuelle résulte aussi de choix modernes |
| 1945 | Après la guerre, un Palio extraordinaire dit de la Paix est également couru | La reprise révèle la valeur civique accordée à la fête |
| 2020–2021 | Les Palii n’ont pas lieu pendant la crise du Covid-19 | Continuité historique ne signifie pas absence d’interruptions |
Ce tableau sert de carte, pas de généalogie linéaire. L’histoire publiée par la Ville emploie elle-même une formule prudente pour 1633 et distingue les courses médiévales de la carriera alla tonda. C’est la méthode la plus juste pour aborder un phénomène fait de documents, de coutumes et de transformations successives.
Les racines médiévales : le Palio alla lunga et le pallium
Dans la République de Sienne, surtout entre le XIIIe et le XIVe siècle, les fêtes de l’Assomption culminaient avec une course à travers la ville. Il ne s’agissait pas encore des tours de Piazza connus aujourd’hui. Les chevaux partaient d’une porte urbaine et rejoignaient le secteur de la cathédrale ; certains pouvaient courir sans cavalier. Le vainqueur recevait un pallium, drap précieux dont le mot « palio » est issu. La présentation municipale des origines insiste à la fois sur l’ancienneté de la célébration et sur l’absence d’une date fondatrice certaine.
Cette nuance dissipe un premier malentendu. Le Palio contemporain hérite du nom, du prix, du cadre religieux et de la culture de la compétition médiévale, mais il ne reproduit pas matériellement ces courses. Le tracé était différent, les Contrade actuelles n’avaient pas encore leur structure institutionnelle et la Piazza del Campo n’était pas la piste fermée de la carriera alla tonda.
La dévotion mariale n’est pas un décor ajouté à un sport. L’Assomption célébrait la patronne de Sienne et de son État ; marché, offices, offrandes et spectacles appartenaient au même temps festif. Séparer complètement la course de ses dimensions civique et religieuse empêche donc de comprendre son origine.
De la Renaissance aux Contrade protagonistes
Entre la fin du XVe et le XVIe siècle, certaines Contrade apparaissent dans les sources sous des noms encore employés. Il ne faut ni les confondre automatiquement avec les compagnies militaires médiévales ni les imaginer déjà identiques aux communautés actuelles. Leur physionomie se construit avec le territoire, les insignes, les organismes internes et leur participation aux fêtes.
À la Renaissance, le programme urbain comprenait jeu de ballon, chasses aux taureaux et bufalate, des courses de bufflonnes. La Ville décrit cette évolution comme un lent déplacement de la fête, des rues vers le théâtre naturel du Campo. Contrade et porteurs de couleurs deviennent plus visibles dans défilés et compétitions ; les nobles délèguent les épreuves à leurs représentants et les surnoms des fantini s’installent.
Il n’y a donc pas de saut immédiat entre un tournoi médiéval et le Palio actuel. Pendant des siècles, la ville expérimente : animaux, itinéraire, acteurs sociaux et rapports entre peuple, aristocratie et gouvernement changent. La Piazza devient progressivement le lieu capable de réunir représentation et compétition.
Le XVIIe siècle : de la course urbaine au Palio alla tonda
Le tournant décisif intervient au XVIIe siècle. Une proposition officielle pour courir le Palio sur la Piazza parvient à la Ville en 1605 ; le portail historique municipal situe en 1633 le probable premier Palio alla tonda. Le mot « probable » compte : les sources indiquent un précédent, pas un anniversaire incontestable.
En 1656, la course sur la Piazza acquiert une structure régulière et se lie à la Madonna di Provenzano. La page officielle consacrée au XVIIe siècle relève ensuite plusieurs éléments durables : à partir de 1657, les fantini montent à cru ; vers 1666 s’affirme la tratta, attribution des chevaux par tirage au sort ; en 1685, participer devient aussi un devoir civique pour les Contrade admises.
Une autre règle essentielle se consolide : le cheval arrivé en tête gagne, même après avoir perdu son fantino. Le cheval scosso n’est donc pas une curiosité récente. Le barbero confié à la Contrada est le véritable concurrent. Hasard de l’attribution, valeur du cheval, stratégie du fantino et organisation de la Contrada forment dès lors le nœud dramatique de la fête.
La légende du soldat de Provenzano
La tradition raconte qu’un soldat espagnol ivre aurait tiré sur une image de la Madonna di Provenzano avant de mourir dans l’explosion de son arquebuse. La présentation officielle parle elle aussi d’un récit qui circulait autour du culte, non d’un fait établi dans tous ses détails. Il convient de le nommer légende dévotionnelle : elle éclaire la puissance symbolique de l’image, mais ne remplace pas les documents sur le Palio de 1656.
Le XVIIIe siècle : second Palio, règlement et territoires
Le XVIIIe siècle donne au système plusieurs de ses repères. Après un précédent en 1689, l’Oca, victorieuse en juillet 1701, propose de « ricorrere il Palio vinto », c’est-à-dire financer une nouvelle course le 16 août pendant les fêtes de l’Assomption. D’autres Contrade prennent le relais les années suivantes et le rendez-vous d’août s’enracine. En 1774, la Ville harmonise l’organisation des deux courses.
Entre-temps, deux actes jouent un rôle majeur. Le bando du 16 mai 1721 rassemble seize dispositions sur les essais, le cortège, les fantini, la mossa et la victoire. Ce n’est pas le texte en vigueur aujourd’hui, mais la synthèse municipale du XVIIIe siècle y voit le premier cadre moderne de la fête.
En 1729, Violante Béatrice de Bavière, gouverneure de Sienne, publie le bando définissant les territoires des Contrade afin de réduire les conflits de limites et de population. Le texte ne crée pas en un jour 17 communautés qui existaient déjà ; il fixe leur géographie. Notre guide des Contrade, de leurs symboles et rivalités développe ce système sans le confondre avec la chronologie du Palio.
Le XIXe siècle : une tradition qui se réécrit
Le XIXe siècle montre pourquoi « immuable » est un mot inadapté. En 1802, le gouvernement civique limite les affrontements entre fantini avant la mossa et réserve une partie du prix de l’ancien Palio alla lunga à la course alla tonda. Sous la domination française, symboles et dédicaces des drappelloni changent ; en 1813, le Carroccio réapparaît dans le cortège pour évoquer la mémoire de Montaperti.
Le Palio réagit aussi à l’histoire politique. En juillet 1848, la course n’a pas lieu et les fonds sont versés aux volontaires engagés en Lombardie. Les Contrade participent aux initiatives du Risorgimento puis, vers la fin du siècle, soutiennent des sociétés locales d’entraide, d’instruction et de sociabilité. Le Palio est une compétition, tandis que les Contrade sont devenues des réseaux civiques.
En 1878, les monture sont renouvelées en prenant pour référence le XIVe siècle siennois. En 1894, les Priori fondent le Magistrato delle Contrade, actif à partir de 1895 pour coordonner les affaires communes. Ces étapes figurent dans la reconstitution municipale du XIXe siècle. Le décor historique visible aujourd’hui n’est donc pas un vestige intact : c’est une représentation consciemment reconstruite par une ville moderne.
XXe siècle, guerres et reprise
En 1904, un nouveau renouvellement des costumes consolide la silhouette médiévale et Renaissance. En 1919, la sbandierata della Vittoria, créée pour les anciens combattants de la Première Guerre mondiale, entre dans le rite. En 1928, costumes et Carroccio sont à nouveau repensés, avec cette fois une référence dominante à la fin du XVe siècle. La page sur le début du XXe siècle décrit explicitement ces innovations capables de parler le langage de la tradition.
Les guerres interrompent les activités du Palio. En 1945, les courses ordinaires reprennent et un Palio extraordinaire, passé à l’histoire sous le nom de Palio della Pace, est couru le 20 août. Cette appellation ne doit pas faire croire à un épisode dépourvu de tensions : le récit officiel mentionne contestations et drappellone endommagé. La réalité résiste aux étiquettes commémoratives trop lisses.
Après la guerre, le Palio acquiert une notoriété croissante hors de Sienne, tandis qu’organisation, piste, règlements et protection du cheval continuent d’évoluer. Les Palii de 2020 et 2021 n’ont pas eu lieu pendant la crise du Covid-19, comme le rappelle l’archive municipale des courses récentes, avant la reprise en 2022. Affirmer que le Palio se déroule « sans interruption depuis 1656 » efface guerres, crises politiques et pandémie : mieux vaut parler de continuité culturelle malgré les suspensions.
Ce qui subsiste aujourd’hui du Palio historique
Le Palio contemporain réunit des éléments formés à des époques différentes, aujourd’hui coordonnés par la Ville et les Contrade :
- les deux dédicaces religieuses, à la Madonna di Provenzano en juillet et à l’Assomption en août ;
- les 17 Contrade autonomes et territoriales, dont dix participent à chaque course ordinaire ;
- le tirage au sort des participantes et l’attribution aléatoire des chevaux ;
- la monte à cru, la mossa entre deux canapi et les trois tours de piste ;
- la victoire attribuée au cheval, même scosso ;
- le drappellone, prix et objet de mémoire conservé par la Contrada ;
- le Cortège historique, qui réélabore le passé civique avant la course ;
- une longue suite d’essais, de cérémonies et de vie locale qui ne se réduit pas aux minutes de la carriera.
La page officielle sur la course présente le cycle de quatre jours et la participation de dix Contrade : sept n’ayant pas couru à la même date l’année précédente, puis trois tirées au sort parmi les dix autres. Le règlement municipal, dans sa version intégrant les modifications approuvées en 2019, régit relations institutionnelles, chevaux, essais, cortège, course et sanctions.
La protection du cheval appartient également à l’histoire contemporaine du Palio. Elle ne doit pas être résumée par une affirmation absolue : la Ville publie chaque année des protocoles de sélection, d’entraînement et de contrôles sanitaires et pharmacologiques. Lors de la vérification du 27 juillet 2026, le Protocollo Equino 2026 présentait les exigences et le calendrier de l’année.
Lire cette histoire en visitant Sienne
Il n’est pas nécessaire d’être à Sienne le jour de la course pour reconnaître les différentes époques du Palio. Un parcours historique essentiel tient dans une demi-journée :
- Piazza del Campo : observez la conque, le virage de San Martino, le Casato et l’Entrone du Palazzo Pubblico. C’est ici que les tours de piste ont remplacé la course à travers la ville.
- Palazzo Pubblico : reliez le Palio au gouvernement civique qui a publié bandi et règlements. L’itinéraire UNESCO entre Campo, Duomo et Contrade aide à lire cet ensemble urbain.
- Insigne Collegiata di Santa Maria in Provenzano : elle restitue le sens du Palio de juillet et de la dévotion du XVIIe siècle.
- Duomo : il rappelle les fêtes de l’Assomption et l’arrivée des palii alla lunga médiévaux, sans les confondre avec la course actuelle.
- Un musée de Contrada : les drappelloni montrent comment art, politique et mémoire ont évolué. Horaires et visites ne sont pas uniformes ; il faut s’adresser à chaque Contrada.
Pendant les jours du Palio, notre guide pour vivre essais et Contrade sans se limiter à la course complète cette chronologie. Programmes, accès et ordonnances peuvent changer : pour préparer une visite, le portail municipal reste la référence, non un horaire historique recopié hors contexte.
Les erreurs à éviter
- Dire que le Palio actuel « est né au Moyen Âge » sans séparer le Palio alla lunga de la course alla tonda.
- Présenter 1633 comme une certitude : la source municipale écrit que le premier Palio alla tonda semble remonter à cette année.
- Croire la fête inchangée : règlement, costumes et cortège ont souvent été adaptés.
- Réduire les Contrade à des quartiers administratifs : ce sont des organismes autonomes et des communautés dotées d’un territoire, de statuts et d’une vie annuelle.
- Imaginer que les 17 courent ensemble : dix participent à chaque Palio ordinaire.
- Répéter la formule « jamais interrompu » : événements politiques, guerres et pandémie ont entraîné des suspensions documentées.
- Traiter la légende du soldat de Provenzano comme un procès-verbal historique.
- Réduire la fête à trois tours : la course couronne un système religieux, civique et contradaiolo.
Pourquoi le Palio n’est pas une simple reconstitution
Une reconstitution remet en scène un passé terminé. Le Palio est produit par des institutions et des communautés actives. Les Contrade administrent leurs sièges, élisent leurs dirigeants, organisent la vie sociale et conservent des archives ; la Ville réglemente la fête et le parcours des chevaux ; chaque génération choisit comment transmettre les formes reçues.
En 2024, le ministère italien de la Culture a reconnu le Palio comme expression d’une identité culturelle collective, en protégeant des témoignages matériels identifiés avec les Contrade. Cette définition est plus précise que « spectacle médiéval » : elle désigne une culture partagée, capable de traverser absences et transformations sans devenir immobile.
En bref, l’histoire du Palio de Sienne est celle d’une adaptation réussie. Le pallium médiéval, la Piazza de la Renaissance, la carriera du XVIIe siècle, les bandi du XVIIIe, les monture du XIXe et les protocoles contemporains appartiennent à des temps différents. Sienne les unit parce que le Palio continue d’être vécu, discuté et réglementé par la ville.
FAQ
Quand le Palio de Sienne est-il né ?
Il n’existe pas de date unique. Les palii alla lunga sont attestés au Moyen Âge ; le premier Palio alla tonda sur la Piazza semble dater de 1633 ; à partir de 1656, la course de juillet dédiée à la Madonna di Provenzano acquiert une cadence régulière.
Le Palio actuel est-il vraiment médiéval ?
Ses racines médiévales apparaissent dans son nom, son prix et les fêtes mariales. Sa forme actuelle s’est surtout construite aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis a été adaptée aux XIXe, XXe et XXIe siècles.
Pourquoi court-on le 2 juillet et le 16 août ?
Le 2 juillet est lié à la Madonna di Provenzano ; le 16 août aux fêtes de l’Assomption. La course d’août s’est enracinée après l’initiative de l’Oca en 1701, avant d’être harmonisée avec celle de juillet par la Ville.
Quelle différence existe entre Palio alla lunga et alla tonda ?
Le Palio alla lunga traversait les rues vers la cathédrale. Le Palio alla tonda accomplit des tours sur la piste de la Piazza del Campo et constitue l’ancêtre direct de la course contemporaine.
Depuis quand les 17 Contrade existent-elles ?
Des Contrade portant des noms actuels apparaissent aux XVe et XVIe siècles. Le Bando de Violante Béatrice de Bavière de 1729 en a fixé les territoires, consolidant le système des 17 Contrade.
Le Palio s’est-il toujours couru sans interruption ?
Non. Des événements politiques et les guerres ont entraîné des suspensions ; les Palii de 2020 et 2021 n’ont pas eu lieu à cause du Covid-19. La continuité est culturelle et institutionnelle, pas une série annuelle sans aucune pause.
Un cheval sans fantino peut-il gagner ?
Oui. Le cheval de la Contrada qui termine les trois tours en tête selon les règles remporte le Palio, même s’il est scosso, c’est-à-dire sans fantino.